Florian GUÉRANT

Tout jeune encore, diplômé en 2013 (l’ENSA Paris-la-Villette) et dans la foulée habilité à la maîtrise d’oeuvre, Florian Guérant a décidé de faire porter sa réflexion vers les espaces ruraux en choisissant le village de Vibraye comme territoire d’expérimentations pour y proposer des alternatives à l’étalement périurbain traditionnel. Revenu habiter en Sarthe, ce jeune architecte qui n’a rien d’un folkloriste passéiste y participe à des concours, d’idées ou opérationnels, proposant de réfléchir à la place de l’architecte dans le développement de projets locaux. Il écrit aussi et puis il croit fermement au potentiel des territoires ruraux, riches de ressources sociales, constructives autant qu’économiques, et dans la pluralité des manières d’habiter qu’ils peuvent accueillir. Cherchant toujours ce rapport entre l’architecture et le profondément sensé, il prône la noblesse de la matière, source de pérennité si elle est savamment mise en oeuvre, ainsi qu’une certaine forme de lenteur, comme un mode de résistance intime au rythme effréné ambiant. Tendre vers une forme de simplicité de l’architecture résumerait bien sa posture ainsi que son écriture, très personnelle. Depuis la relance nationale, en 2002, des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes (AJAP), pas une seule promotion n’a oublié pourtant de distinguer un jeune professionnel ayant choisi à divers titres d’investir le monde rural. Depuis Charles-Henri Tachon alors affairé à transformer des granges et à requalifier des centre-bourgs dans sa Bourgogne natale (2002) jusqu’aux Boris Bouchet, Studio 1984, Studiolada ou encore Boidot & Robin, tous ont fermement cru chacun à leur manière en la possibilité de travailler le monde rural pour y rendre palpable une beauté ordinaire, en reprenant les termes d’Alice Bialestowski commissaire de la dernière promotion des AJAP (2014). La toute récente Stratégie nationale pour l’architecture mise en place par le ministère de la Culture et de la Communication souhaiterait leur donner raison et les rendre encore mieux visibles. N’oubliez pas que dans la Sarthe, territoire jusqu’ici marginal de la commande architecturale, se trouvent désormais quelques-uns de ces éclaireurs, des Boidot & Robin à Florian Guérant.

MFA

Créée en 2012, à Nantes, l’agence mfa – mélaine ferré architecture – a les deux pieds ancrés dans le réel, répondant à une palette de programmes aussi large que possible, du projet urbain, aux équipements publics, commerciaux aussi, sans oublier une prédilection marquée pour les logements, sociaux ou privés.

Ce qui n’empêche en rien son fondateur de garder une forme de détachement, de distance salvatrice. Il se refuse par principe à répondre à une commande sur un mode littéral, préférant inviter lorsqu’il le peut son client à explorer avec lui les pistes les plus inattendues ou pas encore entrevues. Recherchant toujours à innover, l’agence répond régulièrement à des concours d’idées, avec succès parfois comme à Saint-Herblain où elle fut co-lauréate du concours Europan 12. Que vise Mélaine Ferré ? D’abord « l’ajustement permanent », par peur que le projet sonne faux nous a-t-il dit. Ce garçon est curieux. Un peu comme les paysagistes, il s’intéresse au temps, à l’évolution des matériaux dans le temps. D’où son penchant pour le bois, vivant, et son attention aux saisons. Que devient le balcon en hiver ? Et les (basses) temporalités du projet, qui se nourrit aussi d’à-coups et de freins : les normes administratives en phase « permis de construire », la découverte du sol en préparation de chantier, la mise en oeuvre des entreprises lors de l’édification… Ecouter, dit-il.

De Long en Large

Créé en 2008 par Emeline Escats-Guillou (ingénieur paysagiste ENSP) et renforcé depuis 2013 par la présence de Julie Lemanissier (assistante-paysagiste), De Long en Large est un bureau d’étude et conception en paysage situé à Nantes. Paysagiste concepteur : la double identité de ce métier, tel qu’il s’est renouvelé depuis un quart de siècle désormais, est fortement revendiquée par Emeline Escats-Guillou qui résolument prolonge ce sillon de reconnaissance. Elle souligne volontiers la capacité des paysagistes à intervenir sur des échelles variées allant du petit jardin au grand paysage, tout comme leur capacité à prendre en compte le vivant, facteur majeur d’incertitude, jamais réduite. La présence du site, aussi, prépondérante dans tous les projets de paysagistes – mais tout autant désormais chez la plupart des architectes – s’inscrit au coeur des travaux De long en large. Et puis l’écoute, nombre de paysagistes se vivant plus ou moins consciemment sous les habits du « médecin de campagne » au service d’un paysage conçu comme un bien commun et partagé. Patience et longueur de temps, nous a-t-elle dit en citant Le lion et le rat de La Fontaine, avant de se souvenir de Varda, dans son film sur Les Plages d’Agnès, « si on ouvrait les gens on trouverait des paysages».

Bauchet & De La Bouvrie

Entre Nantes et Paris, Simon Bauchet et Romain de La Bouvrie font officiellement route commune depuis 2014 après avoir tous deux obtenu leur diplôme en 2007 à l’ENSA Paris Val de Seine. Depuis 2010, leurs projets communs, attentifs et soignés, se sont d’abord trouvés cantonnés à l’habitat individuel. Mais un intense et volontaire travail de prospection auprès des maîtres d’ouvrage leur a permis d’entrouvrir récemment les portes de la commande de logements collectifs.

Simon Bauchet a enrichi son bagage professionnel en se confrontant à des équipements publics de grande envergure chez Chaix & Morel. Puis en collaborant avec l’agence TVK (Trévelo & Vigier-Kohler), il a abordé l’urbanisme et la question du logement. De son côté, Romain de La Bouvrie a effectué pendant 18 mois un tour du monde, parcourant 27 pays à travers l’Afrique, l’Amérique et l’Asie. Durant ce voyage, il aura découvert des techniques de mise en oeuvre traditionnelles tout étant sensibilisé à une architecture durable, manuelle, écologique, reposant sur l’utilisation exclusive de matériaux locaux. A son retour, il a multiplié les expériences professionnelles au sein d’agences aux profils variées : Charles-Henri Tachon, Jean Bocabeille, Philippe Challes, Mahmoud Keldi et Gaëlle Peneau.

A partir d’outils simples (maquette de site, croquis, expérimentation 3D), leur démarche cherche à se démarquer d’une approche générique tirant jusqu’à la corde les ficelles déjà expérimentées lors de précédents projets. Là où les règlements, les normes et le contexte économique tendent à banaliser la production architecturale, ils s’attachent à l’identité des lieux et au caractère des formes bâties. D’où leur attention à la qualification des pleins autant que des vides. Convaincus que la définition de ces derniers participe grandement à la qualité de la ville et des objets qui la composent, chaque projet fait l’objet d’un soin spécifique pour définir avec sensibilité le traitement des limites, la relation entre l’intérieur et l’extérieur, les transitions qui relient deux espaces et les interstices qui en découlent.

5W?

L’atelier 5W ? fondé en 2011 par Fabien Chavignaud a adopté une pratique de l’architecture où priment l’échange et le rassemblement de sensibilités diverses. Sans doute le parcours du fondateur en dit-il beaucoup sur ce désir de partage : il a en effet conquis une forme de liberté dont, nous a-t-il dit, jamais il ne se départira. Du BEP de construction (1999) au diplôme d’architecte (2011), il aura tout connu de l’enchaînement des métiers et des savoirs qui donnent naissance à un édifice. Dans ses textes, il parle de respect de l’existant mais aussi de quelque chose de « poétique », alliage subtil d’une histoire à chaque fois singulière. Individuelles ou groupées, ses maisons présentées ici en témoignent pleinement. Cette volonté d’exprimer une singularité ne l’empêche nullement de reconnaître volontiers ses dettes – et cela mérite d’être souligné car ce n’est pas si fréquent – à l’égard de ses enseignants de l’ensa Nantes, en particulier Jean-François Renaud, et des collaborations qui l’auront marqué, singulièrement au sein de la dernière agence, Bohuon-Bertic, qu’il a fréquentée juste avant de fonder la sienne. Il reconnaît ainsi avoir cheminé et appris aux côtés de Yannick Bohuon de 2008 à 2012, à Rezé et plus loin dans le temps, de 2005 à 2007, aux côtés de Sandrine Alain aux Sables d’Olonne.

TICA

Cette jeune agence d’architecture nantaise aux lombaires déjà solides cherche à poser un nouveau regard sur les formes bâties et sur les modes « d’habiter ». Elle considère le projet non comme une forme architecturale donnée mais plutôt comme un potentiel d’usages à s’approprier. Cette démarche se fonde tout autant sur une approche contextuelle du site que sur une approche sensible ayant pour objectif de mettre l’ « Homme » et les pratiques urbaines et quotidiennes au centre des préoccupations. On l’aura compris, TICA s’est frottée à l’enseignement des sciences humaines dispensé depuis près d’un demi-siècle désormais au sein des écoles d’architecture, et elle aura essayé d’en faire son miel à travers ses projets.

TICA, This Is a CAnvas : Derrière cet acronyme issu du nom de la bourse de recherche menée à Londres, l’agence a souhaité construire une plateforme horizontale pour y faire naître un espace de débats, pluriels. Ces deux syllabes permettent d’y glisser des savoir-faire et des collaborations sur-mesure en fonction des échelles et enjeux des projets. Pour faire en sorte que la pluridisciplinarité souvent affichée rarement pratiquée, ne demeure pas un mot creux ou tout du moins une banale proclamation de principe.

La notion de canvas historiquement structure et cadre la toile du peintre, est en chemin devenue pour nous synonyme de « cadre d’action » et de « contraintes créatives », à la fois point de départ de la réflexion et potentiels à valoriser. Ce canvas s’offre ainsi en écho aux contextes d’intervention rencontrés où interagissent dynamiques complexes, enjeux politiques et désirs locaux à décrypter, comprendre, questionner, voire réinventer. Passion du contexte, passion politique ?